Dire misaotra (merci) à une vendeuse du bazary be de Diego ne coûte rien, et ça change le ton de l'échange. Quelques mots de malgache ne remplacent pas le français, très parlé à Diego, mais ils montrent qu'on a fait un pas vers l'autre. Voici la petite liste que je garde dans mon carnet pour le Nord de Madagascar.
On peut parfaitement voyager à Diego Suarez et à Nosy Be en parlant français. Le français y est compris dans les hôtels, les commerces, les administrations. Mais le malgache est la langue de la rue, du marché, du taxi-brousse. Quelques mots ne vous rendront pas bilingue. Ils changent le ton de l'échange, et c'est déjà beaucoup.
Une langue, plusieurs accents
Le malgache est la langue de toute l'île, avec une forme officielle et des variantes régionales. La Constitution de 2010 en fait la langue nationale, et son article 4 désigne deux langues officielles, le malgache et le français : c'est pour ça que vous lirez les deux sur les panneaux et les documents administratifs. Dans le Nord, on entend des mots et des intonations qui ne sont pas ceux de la capitale. Ce que je donne ici, c'est le vocabulaire courant, compris partout. Si quelqu'un vous répond avec un autre mot, notez-le : c'est souvent le mot local, et c'est le plus beau cadeau qu'on puisse vous faire.
Un mot sur la prononciation. Le malgache s'écrit avec l'alphabet latin, et la plupart des lettres se lisent comme en français. Deux repères aident beaucoup : le o se prononce plutôt « ou », et les voyelles en fin de mot sont souvent à peine prononcées. Misaotra se dit à peu près « missaoutch ». Vous l'entendrez mieux qu'aucune transcription ne le dira.
Saluer et prendre congé
Tout commence par là. Au Nord comme ailleurs à Madagascar, on salue avant de demander quoi que ce soit.
- Salama : bonjour, salut. Le plus simple, très utilisé.
- Manao ahoana : bonjour, plus formel, qu'on entend aussi comme « comment allez-vous ».
- Veloma : au revoir.
- Mandra-pihaona : à la prochaine.
J'ai pris l'habitude de saluer en entrant dans une épicerie, un taxi, une gargote. Ça ne coûte rien, et l'absence de salutation se remarque plus qu'on ne le croit.
Remercier, s'excuser, demander poliment
- Misaotra : merci. Misaotra betsaka : merci beaucoup.
- Azafady : pardon, excusez-moi, et aussi s'il vous plaît. C'est le mot que j'utilise le plus. Pour passer dans une ruelle encombrée, pour interrompre quelqu'un, pour demander un service.
- Tsy misy fisaorana : de rien, littéralement « il n'y a pas de quoi remercier ». Vous l'entendrez plus souvent que vous ne le direz.
Oui, non, et ce qu'on entend tout le temps
- Eny : oui.
- Tsia : non.
- Tsara : bien, bon. Tsara be : très bien.
- Tsy misy : il n'y en a pas. Utile à comprendre au marché, quand le produit demandé manque.
- Mora mora : doucement, tranquillement. C'est presque une philosophie. On vous le dira quand vous vous énervez parce que le bac est en retard. Ce n'est pas une excuse, c'est un conseil.
Au marché et dans les gargotes
Le bazary be de Diego, je l'ai raconté dans un autre carnet. Voici les mots qui m'y servent.
- Ohatrinona ? : combien ? On le dit en montrant l'article.
- Lafo : cher. Lafo loatra : trop cher. À dire avec un sourire, la discussion commence là.
- Mora : pas cher.
- Vary : riz. Vous le verrez sur chaque menu, c'est la base du repas.
- Rano : eau.
- Mofo : pain.
- Hena : viande. Trondro : poisson.
Les prix se donnent en ariary, la monnaie malgache. Si le chiffre vous échappe, montrez vos doigts ou tendez votre téléphone avec la calculatrice ouverte : tout le monde a l'habitude.
Côté cuisine, j'ai détaillé ce qu'on mange vraiment à Diego dans notre article sur la cuisine du Nord : vous y retrouverez le romazava et les brochettes de zébu.
Compter, au moins jusqu'à dix
Au marché, on vous donnera souvent le prix en français. Savoir compter un peu en malgache sert quand même : on suit l'échange entre la vendeuse et sa voisine, on comprend un prix lancé de loin, on vérifie la monnaie rendue.
- iray : un. roa : deux. telo : trois. efatra : quatre. dimy : cinq.
- enina : six. fito : sept. valo : huit. sivy : neuf. folo : dix.
Deux mots de plus, et vous avez presque tous les prix : zato, cent, et arivo, mille. Les prix se comptent en milliers d'ariary, alors c'est arivo que vous entendrez le plus. Roa arivo, deux mille. Dimy arivo, cinq mille. Les dizaines se forment avec -polo : roapolo, vingt, telopolo, trente.
Une habitude déroute les francophones. Dans les nombres composés, le malgache commence par le plus petit. Onze se dit iraika ambin'ny folo, à peu près « un, en plus de dix ». Personne ne vous demandera de calculer comme ça. Retenez seulement que si le petit chiffre arrive en premier, le gros suit, et attendez la fin de la phrase avant de sortir vos billets. Pour l'organisation côté argent, Sitraka a tout détaillé dans son guide de l'ariary et du change.
Se présenter, et avouer qu'on ne comprend pas
Ce sont les phrases qui sauvent une conversation partie trop vite.
- Ny anarako dia… : je m'appelle…
- Avy aiza ianao ? : d'où venez-vous ? On vous la posera souvent. Avy any Frantsa aho : je viens de France.
- Tsy azoko : je ne comprends pas.
- Miteny frantsay ve ianao ? : parlez-vous français ?
- Tsy mahay teny malagasy aho : je ne parle pas malgache.
- Mbola mianatra aho : j'apprends encore. À garder pour le moment où quelqu'un vous félicite après trois mots.
La dernière fait sourire, parce qu'on la prononce justement en malgache. Elle a un autre avantage : elle prévient votre interlocuteur sans couper l'échange, et il passe en général au français de lui-même. Si vous avez envie de continuer en malgache, dites-le : on ralentira, on répétera, et on vous apprendra souvent le mot du coin au passage.
Sur la route
- Aiza ? : où ? Aiza ny…? : où est… ?
- Lavitra : loin. Akaiky : près.
- Mijanòna eto : arrêtez-vous ici. Pratique en taxi-brousse.
- Andao : allons-y.
Et un mot que vous entendrez, souvent dans la bouche des enfants : vazaha. Il désigne l'étranger, en général blanc. Il n'est pas injurieux en soi, c'est une façon de nommer. On peut répondre par un salama et passer à autre chose.
Les petits gestes qui vont avec
Les mots ne sont qu'une partie. Il y a aussi les usages, que je résume à ce que j'ai observé.
On ne refuse pas sèchement : un « non » direct peut sembler brutal, on préfère souvent une réponse plus détournée. On prend son temps pour saluer avant de parler affaires. Et dans certains lieux, il existe des interdits, les fady, qui varient d'un village à l'autre. Quand on ne sait pas, on demande : Azafady, misy fady ve eto ?, « excusez-moi, y a-t-il un interdit ici ? ». Votre guide ou votre hôte vous répondra, et vous évitera une maladresse.
Ma liste à recopier dans le carnet
Si je ne devais en garder que cinq, ce seraient salama, misaotra, azafady, ohatrinona et veloma. Avec ces cinq mots, on salue, on remercie, on s'excuse, on demande un prix et on prend congé. Le reste viendra, souvent appris de la bouche des gens que vous croiserez.
Une dernière chose : personne n'attend de vous un malgache parfait. On attend un effort. Et cet effort est presque toujours accueilli avec un sourire, parfois une correction de prononciation, qu'il vaut mieux prendre comme un cadeau.
Les autres guides de la rubrique : Destinations et circuits.
Associer les deux colonnes
Le bon mot au bon moment
Associez chaque mot malgache à son sens.
La réponse est dans Saluer et prendre congé
Salama : Bonjour
Misaotra : Merci
Azafady : Pardon, s'il vous plaît
Ohatrinona ? : Combien ?
Veloma : Au revoir
Le guide suivant : Le bazary be de Diego : ce que le marché raconte de la ville
Ce qu'on nous demande avant de partir
Parle-t-on français dans le Nord de Madagascar ?
Oui, le français est largement compris à Diego Suarez et à Nosy Be, surtout en ville, dans les hôtels et les commerces. En brousse et avec les plus âgés, le malgache reste la langue de tous les jours.
Comment dit-on merci en malgache ?
Misaotra. On ajoute betsaka pour dire merci beaucoup : misaotra betsaka.
Comment demander un prix ?
Ohatrinona ? signifie combien ? On le pose au marché en montrant l'article ; la réponse vient souvent en ariary.
Comment compte-t-on en malgache ?
Iray, roa, telo, efatra, dimy, enina, fito, valo, sivy, folo, de un à dix. Zato veut dire cent et arivo mille : c'est ce dernier qu'on entend le plus dans les prix, comptés en milliers d'ariary.
Le malgache est-il le même partout ?
Il existe un malgache officiel et des variantes régionales, avec des mots et des accents différents. Dans le Nord, on vous comprendra avec le vocabulaire courant ; on vous corrigera parfois, avec le sourire.




