Ma mère est antakarana, mon père est arrivé de France pour travailler à la SECREN et n'est jamais reparti. J'ai grandi à Diego jusqu'à quinze ans, dans une maison au-dessus de la baie, avec le Varatraza qui claquait les volets huit mois par an. On finit par ne plus l'entendre. C'est quand il s'arrête qu'on se réveille.
Lycée français à Tana, école de commerce à La Réunion. Un parcours banal qui m'a rendu bilingue dans deux mondes, ce qui est plus utile qu'un diplôme.
J'ai fait cinq ans de réceptif à Tana. C'est-à-dire : construire des circuits pour des agences européennes, gérer les chauffeurs, et expliquer aux clients pourquoi la piste prend six heures et pas trois. Je connais le prix réel de tout. Le prix réel, pas celui du devis. J'ai arrêté en 2021, l'année où le tourisme s'est effondré, et je me suis mis à écrire.
Aujourd'hui je conseille de petits hébergeurs et j'écris. Je retourne à Diego quatre ou cinq fois par an, pour ma grand-mère.
Ce qui m'intéresse, c'est le décalage. Entre ce que les brochures promettent et ce que le pays livre. Pas par cynisme — par affection. J'aime mon pays au point de refuser qu'on le vende mal, et il est très mal vendu.
Alors ici, je fais les deux. Je vous raconte la lumière sur la baie à dix-sept heures quand le vent tombe et que les terrasses de la rue Colbert se remplissent. Et je vous dis combien coûte le 4×4, combien de temps prend vraiment la piste, et pourquoi trois jours à Diego, c'est une façon de ne rien voir.
Mora mora. Doucement. C'est le seul conseil qui marche vraiment ici.